Clicks, Minimal, Wink, Meadow : les téléphones ovni qui arrivent
Par Anthony ·

Pendant quinze ans, tous les téléphones ont fini par se ressembler : une plaque de verre, la plus grande possible, qui affiche ce que les applications ont décidé de vous montrer. Cet automne, une poignée de petites marques prend le chemin inverse. Elles rétrécissent l'écran, ressortent le clavier physique, suppriment le navigateur ou verrouillent le système. Leur pari commun : si la forme change, l'usage change avec elle.
Aucun de ces appareils n'est un dumbphone au sens strict. Trois d'entre eux font tourner Android et toutes ses applications, le quatrième se contente d'une poignée de services choisis. Ce sont des objets hybrides, un peu bizarres, qui cherchent une troisième voie entre le smartphone qui avale vos soirées et le téléphone à touches qui vous coupe de WhatsApp. Voici ce qu'ils promettent, et ce que nous en pensons.
Clicks Communicator : le BlackBerry qui ne veut pas remplacer votre iPhone

Clicks s'est fait connaître avec ses coques-claviers pour iPhone. Le Communicator est son premier vrai téléphone, et il pousse la logique jusqu'au bout : un écran AMOLED presque carré de 4 pouces, et sous lui un clavier physique complet, disponible en AZERTY. Les touches sont tactiles : vous faites défiler une page ou une conversation en glissant le pouce dessus, sans toucher l'écran. Le capteur d'empreinte se cache dans la barre d'espace, et une touche latérale transforme la voix en texte.
L'écran d'accueil n'affiche pas une grille d'icônes mais un fil de messages, qui regroupe WhatsApp, Telegram, Slack ou Gmail au même endroit. Une diode lumineuse se règle par contact ou par application : vous savez que votre mère vous écrit sans allumer l'écran. On trouve aussi une prise jack, un lecteur microSD et des dos interchangeables. Les premières livraisons sont annoncées pour décembre.
Clicks présente son téléphone comme le compagnon de votre iPhone ou de votre Galaxy, conçu « pour agir, pas pour scroller ». La formule est jolie, elle a ses limites. Le Communicator tourne sous un Android complet : Instagram et TikTok s'y installent comme ailleurs, seul le petit écran les rend moins confortables. Et l'idée d'acheter un second téléphone pour moins utiliser le premier nous laisse perplexes, d'autant qu'en complément de votre téléphone actuel, il lui faut sa propre carte SIM pour les appels classiques. C'est un formidable outil pour écrire, pas un outil pour décrocher.
Minimal Phone 2 : le plus sérieux de la bande

Le premier Minimal Phone misait sur l'encre électronique. Le second l'abandonne au profit d'un écran AMOLED de 4 pouces, et c'est sans doute le signe le plus parlant de cette vague : le confort d'une liseuse ne compensait pas la lenteur de l'encre électronique pour un usage de téléphone. Le reste du Minimal Phone 2 est soigné : un boîtier en aluminium d'à peine plus de 12 centimètres de haut, un clavier rétroéclairé aux touches à dôme métallique, lui aussi tactile et proposé en AZERTY, une diode de notification, une prise jack et un interrupteur programmable.
Ce qui nous intéresse vraiment, c'est le logiciel. À la première mise en route, Minimal OS vous demande jusqu'où vous voulez aller : écran en noir et blanc, temps d'attente avant d'ouvrir une application, limite sur les réseaux sociaux, plafond quotidien de temps d'écran. Une fois validés, ces réglages ne s'enlèvent qu'en réinitialisant le téléphone. C'est la logique du Balance Phone, qui compte sur la friction plutôt que sur votre volonté, et c'est à nos yeux celle qui marche le mieux. Un « hub » rassemble par ailleurs mails, messages, appels et agenda d'un simple glissement, pour répondre sans ouvrir chaque application.
Pour le reste, c'est un Android complet avec le Play Store, et un chargeur de démarrage déverrouillable pour ceux qui voudront installer la version sans Google que la marque promet de fournir. Expédition prévue en décembre. Notre réserve : sans ses réglages stricts, le Minimal Phone 2 n'est qu'un petit smartphone très réussi. Tout repose sur ce que vous cocherez le premier jour.
Brax Wink : le clavier qui se détache

Le Brax Wink est le plus étrange des quatre. Sans son clavier, c'est un petit pavé de 8,5 centimètres de haut avec un écran OLED de 4 pouces. Avec, il retrouve une silhouette de BlackBerry. Le clavier est un module amovible, que Brax prévoit de pouvoir remplacer par une batterie supplémentaire. Un interrupteur physique applique d'un geste les réglages de confidentialité que vous avez choisis au préalable, par exemple couper le micro, l'appareil photo ou la localisation.
Brax vient du monde de la vie privée, et ça se sent. Le Wink tourne sous BraxOS, un Android sans aucun service Google et au code ouvert. Deux modes au choix : Omni, qui donne accès à vos applications, et Zero, qui réduit le téléphone à l'essentiel (appels, messages, messagerie chiffrée et, si vous le voulez, navigation). Un mode « données seules » va jusqu'à bloquer les appels et SMS classiques. Les mises à jour sont promises jusqu'en 2032.
Le mode Zero est ce qui se rapproche le plus de ce que nous défendons ici. Mais il faudra être patient : le premier lot partira en juillet 2027, le second en septembre. Le clavier n'existe pour l'instant qu'en QWERTY, et un Android sans Google implique que certaines applications, bancaires notamment, risquent de bouder. C'est un téléphone pour les convaincus de la vie privée avant d'être un téléphone pour décrocher.
Meadow : le téléphone qu'on emporte pour laisser l'autre à la maison

Le Meadow prend le problème à l'envers. Pas de clavier, pas de boutique d'applications, pas de navigateur, pas de réseaux sociaux : un petit boîtier carré qui fait le strict nécessaire pour sortir. Appels, SMS, cartes, appareil photo, Spotify, Apple Music, Uber, Strava et partage de position. Vos photos et vos activités se synchronisent dès que vous retrouvez le Wi-Fi.
Depuis sa présentation, dont nous parlions en 2025, le concept s'est précisé, et sur un point il a changé : le Meadow ne reprend pas votre numéro habituel. Il arrive avec le sien et un forfait data, via un abonnement mensuel obligatoire. La marque assume : elle ne veut pas vivre de la publicité. Les premières livraisons ont commencé aux États-Unis.
C'est l'idée la plus cohérente de la bande, parce qu'elle part d'un usage précis (le dîner, la course du dimanche, le parc avec les enfants) au lieu d'essayer de tout faire. Mais elle ne vous concerne pas encore : le Meadow n'est certifié qu'aux États-Unis et sa eSIM ne fonctionne que sur les antennes américaines. Un abonnement obligatoire et un deuxième numéro à communiquer à vos proches, c'est aussi beaucoup de contraintes pour un appareil d'appoint.
Qui arrive quand
- Clicks Communicator : livraisons à partir de décembre 2026, clavier AZERTY disponible.
- Minimal Phone 2 : expédition prévue en décembre 2026, clavier AZERTY disponible.
- Brax Wink : premier lot en juillet 2027, clavier QWERTY seulement.
- Meadow : livré aux États-Unis, pas encore vendu en France.
Notre avis : la forme ne suffit pas
Ces téléphones rejoignent d'autres projets, comme l'Enough Phone, qui parient eux aussi sur le petit format. Leur point commun est un aveu : ce qui nous scotche, c'est d'abord l'objet. Un écran de 4 pouces se prête mal au scroll infini, un clavier physique donne envie d'écrire plutôt que de regarder. Mais la forme ne fait pas tout. Trois de ces appareils restent des smartphones complets, et la discipline repose encore sur vous, sauf quand le système la verrouille, comme Minimal OS ou le mode Zero du Wink.
Gardez aussi en tête que le matériel vendu en précommande prend souvent du retard, et que les petites marques n'ont pas toujours les reins solides. Si nous devions en suivre un, ce serait le Minimal Phone 2 : un clavier AZERTY, des réglages qu'on ne contourne pas sur un coup de tête, et une sortie toute proche. Et si vous voulez décrocher dès maintenant avec un appareil qui a fait ses preuves, le Light Phone 3 et notre sélection de dumbphones tactiles vous attendent.


