Écran Nanomatte : la tablette qui se change en liseuse

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Écran Nanomatte : la tablette qui se change en liseuse

Images : Amazon

Pendant quinze ans, les tablettes ont couru après le même trophée : l'écran le plus lumineux, le plus saturé, le plus brillant. Résultat, des dalles superbes en vitrine, et de vrais miroirs dès qu'une fenêtre passe dans votre dos. Avec l'Alexa Tablet 12 Pro, présentée le 8 octobre et disponible en France à partir du 19, Amazon prend le chemin inverse. Son écran Nanomatte veut faire disparaître le verre. Son mode Kindle veut faire disparaître la tablette dès que vous ouvrez un livre.

Ce n'est pas une liseuse. Mais c'est peut-être la première tablette grand public qui a compris pourquoi on aime les liseuses.

Graver le verre plutôt que le recouvrir

Le problème des écrans brillants est connu : la lumière ambiante rebondit sur la vitre et se superpose à l'image. La réponse classique, c'est l'écran mat. On sable la surface, ou on la recouvre d'un film qui diffuse la lumière dans tous les sens. Les reflets s'estompent, mais l'image y perd : contraste en berne, couleurs délavées, et ce léger grain qui fait scintiller le texte.

Le Nanomatte procède autrement. Amazon l'a mis au point avec Corning, le fabricant du Gorilla Glass, grâce à la photolithographie, la technique qui sert à graver les puces électroniques. Une texture microscopique est sculptée directement dans le verre, et elle n'a rien d'aléatoire : elle est alignée sur les pixels de l'écran. Amazon décrit une structure en nid d'abeille à l'échelle du nanomètre, parle d'une technologie d'écran entièrement nouvelle, et promet des mots qui semblent posés à la surface.

L'idée n'est pas sortie de nulle part. Apple propose depuis plusieurs années un verre « nano-texture » sur ses écrans professionnels, puis sur l'iPad Pro, en option réservée aux configurations les plus chères. Huawei grave ses tablettes PaperMatte, et TCL vend depuis 2021 des écrans NXTPAPER censés imiter le papier. Ce qui change avec Amazon, c'est l'intention : le Nanomatte n'est pas vendu comme un luxe pour graphistes, mais comme un écran pensé pour la lecture.

Seul bémol dans la gamme : le Nanomatte est une option réservée à la 12 Pro. Les Alexa Tablet 8 et 11 n'y ont pas droit.

La vraie bascule est logicielle

L'écran ne fait que la moitié du travail. L'autre moitié tient dans un mode partagé par toute la gamme. Ouvrez un livre dans l'application Kindle, et la tablette change de posture : les couleurs s'effacent, les notifications se taisent (sauf les contacts ou applications que vous laissez passer), la lumière bleue baisse, la consommation d'énergie se resserre. Amazon annonce jusqu'à 20 heures de lecture dans ce mode.

À l'ouverture d'un livre dans l'application Kindle, l'écran perd ses couleurs et passe en mode lecture

Trois thèmes d'affichage sont proposés : couleurs naturelles légèrement réchauffées, teinte papier adoucie, niveaux de gris intégraux. Sur la version Nanomatte, ce dernier thème est ce qui se rapproche le plus d'une liseuse sur une tablette. Les annotations au stylet se synchronisent, elles, avec les autres applications Kindle et avec le Kindle Scribe.

C'est là que se joue la vraie nouveauté. Une tablette sait tout faire : c'est sa force, et c'est son problème. Celle-ci sait aussi, le temps d'un chapitre, faire semblant de ne savoir faire qu'une chose.

Ce que le mat ne change pas

Soyons clairs sur ce que le Nanomatte n'est pas : de l'encre électronique. Une liseuse E-Ink ne fabrique pas d'image lumineuse. Elle renvoie la lumière ambiante, comme une page imprimée, et son éclairage d'appoint éclaire la surface plutôt que vos yeux. Un écran de tablette, même gravé, reste rétroéclairé : la lumière part de l'écran vers vous. Le mat traite les reflets, pas la source.

Les autres différences suivent. L'autonomie se compte en heures, contre plusieurs semaines pour une Kindle Paperwhite. Et l'écran à 120 Hz fait défiler une vidéo aussi bien qu'une page de roman. C'est un avantage, et c'est tout le problème : la lenteur d'un écran E-Ink est une protection. On ne scrolle pas TikTok sur une liseuse, parce que c'est pénible. Sur l'Alexa Tablet 12 Pro, qui abandonne Fire OS pour Android et le Google Play Store complet, l'application est à un geste du livre.

Entre les deux mondes, d'autres ont tenté la voie du milieu. Le Daylight Computer DC-1 mise sur un écran LCD réflectif, lisible en plein soleil sans rétroéclairage. Les tablettes Boox font le chemin inverse : de l'E-Ink, mais assez rapide et assez coloré pour faire tourner Android.

Vers des tablettes à deux visages

C'est sans doute la vraie leçon de cette annonce. Depuis quelques années, deux familles d'écrans se rapprochent. L'E-Ink accélère et prend des couleurs : les dernières Boox, comme la Note Air6 C, affichent de la vidéo, ce qui semblait impensable il y a cinq ans. Les écrans de tablette, eux, apprennent à se faire discrets : verre gravé, thèmes papier, niveaux de gris, notifications coupées. Ces deux chemins finiront peut-être par se rejoindre dans un même appareil, capable de changer d'état selon ce que vous faites.

L'Alexa Tablet 12 Pro avec son clavier et son stylet : l'autre visage de la tablette

Un appareil à deux visages, donc. D'un côté, une tablette puissante, avec clavier et stylet en option et Alexa+ intégré, capable de monter une vidéo ou de remplacer un petit ordinateur. De l'autre, un objet calme, qui n'affiche qu'une page en niveaux de gris et garde ses notifications pour lui. Amazon n'est pas le premier à rêver de cette double vie. Mais c'est le premier à la proposer au grand public, lui qui vend déjà les Kindle.

Notre avis

Nous aimons l'idée. Une tablette qui reconnaît que la lecture mérite un mode à part, et un écran qui cesse de vous renvoyer votre reflet, c'est un vrai pas dans la bonne direction. Sur le terrain de l'écran, Amazon va plus loin que la plupart de ses concurrents.

Mais un mode reste un choix qu'on défait d'un geste. Une liseuse E-Ink est une contrainte, et c'est justement ce qui la rend précieuse quand on veut lire sans dériver. Si votre priorité est de décrocher, l'Alexa Tablet 12 Pro n'est pas le bon outil. Si vous voulez une seule tablette qui sache se faire oublier quand vous ouvrez un livre, c'est la plus intéressante du moment. Notre fiche complète détaille ses forces et ses limites.