Réduire son temps d'écran : les applications qui marchent vraiment
Par Anthony ·

Vous avez déjà essayé. Vous avez réglé le « Temps d'écran » de l'iPhone ou le « Bien-être numérique » d'Android, fixé une limite d'une heure sur Instagram, et le soir même, vous avez tapé « Ignorer la limite » sans même y penser. Ce n'est pas un manque de volonté. C'est que ces outils sont conçus pour être contournés en un geste, par les mêmes entreprises qui vivent de votre attention, et dont le design addictif est désormais documenté jusque devant les tribunaux, comme nous le racontons dans addiction by design.
Les applications qui marchent vraiment ont un point commun : elles placent quelque chose entre votre envie et votre pouce. Une pause, un verrou, un code que vous ne connaissez pas, un objet posé dans une autre pièce. Nous les avons classées de la plus douce à la plus radicale. Commencez par la première marche, et montez si elle ne suffit pas.
Marche 1 : la pause, pour casser le réflexe
La plupart des ouvertures d'Instagram ne sont pas des décisions, ce sont des réflexes. Ces applis ne bloquent rien : elles vous obligent à attendre quelques secondes, et ce petit délai suffit souvent à vous faire reposer le téléphone.
One Sec intercepte l'ouverture des applis que vous avez choisies et vous impose une respiration avant d'y accéder. Elle vous demande ensuite si vous voulez vraiment continuer. C'est l'approche la plus fine du marché, et la plus agréable à vivre. Sa limite : la version gratuite ne surveille qu'une seule application.
ScreenZen fait la même chose gratuitement, avec une idée en plus : pendant la pause, c'est votre propre message qui s'affiche (« Tu viens de l'ouvrir il y a huit minutes »). Vous pouvez fixer un nombre d'ouvertures par jour, et la pause s'allonge à chaque fois. Sur iPhone, elle se désactive cependant en quelques secondes : elle aide ceux qui veulent être aidés.
Même ceux qui ont le plus profité de l'algorithme finissent par se construire ce genre de clôture : c'est l'histoire que nous racontons dans PewDiePie et la sortie de l'algorithme.
Marche 2 : le blocage planifié
Quand la pause ne suffit plus, il faut bloquer pour de vrai, à heures fixes.

AppBlock est la référence. Vous bloquez des applis, des sites et des notifications selon l'heure, le lieu ou une durée d'utilisation par jour. Son mode strict est ce qui la distingue : une fois activé, impossible de modifier les réglages, de désinstaller l'appli ou même de changer l'heure du téléphone pour tricher. Vous pouvez même exiger l'accord d'un proche par e-mail avant de lever un blocage. Notre principal reproche : les plages horaires récurrentes, qui sont le cœur d'un bloqueur au quotidien, sont réservées à la version payante.
Marche 3 : l'objet physique
Le logiciel a une faiblesse : tout se passe dans le téléphone, à portée de pouce. Ces outils déplacent le déverrouillage dans le monde réel. Pour retrouver vos applis, il faut vous lever et aller toucher un objet.

Le Brick est un petit carré à poser sur votre bureau ou dans l'entrée. Vous approchez le téléphone, vos applis se bloquent selon le profil choisi (travail, lecture, soirée). Pour les débloquer, il faut revenir le toucher. Laissez-le dans une autre pièce et le scroll du canapé devient un effort. Il a longtemps été réservé à l'iPhone : vérifiez la compatibilité de votre téléphone avant d'acheter. Et il est cher pour un objet aussi simple.

Bloom fait la même chose avec une carte en acier à glisser dans un portefeuille ou dans un tiroir. Plus abordable que le Brick, avec des profils et des blocages programmés.
Sur iPhone, Foqos applique le même principe avec n'importe quel autocollant NFC à quelques centimes. Elle est gratuite, open source, sans publicité ni pistage : c'est l'option que nous recommandons sans réserve pour essayer.
Le défaut commun de ces trois solutions est évident : si vous gardez l'objet sur vous, il ne sert à rien.
Marche 4 : le verrou que vous ne pouvez pas lever
Si vous avez déjà désinstallé et réinstallé Instagram trois fois dans la même semaine, les marches précédentes ne vous suffiront pas. Il vous faut un verrou dont vous n'avez pas la clé.
Limit, sur Android, s'installe avec les mêmes droits que les outils de gestion des téléphones d'entreprise. Une fois en place, elle ne peut être ni désinstallée ni désactivée sans un code PIN, et ce code, vous le confiez à quelqu'un d'autre. C'est inconfortable par conception, et c'est pour ça que ça marche. L'installation demande de passer par un ordinateur, et elle est moins fiable sur les surcouches Android des fabricants.

Balance OS va encore plus loin, sur les Samsung Galaxy récents. Ce n'est plus une application mais un système complet, qui s'appuie sur la sécurité Samsung Knox. Les réseaux sociaux et les vidéos en continu disparaissent de l'appareil, même dans le navigateur, et rien ne permet de les réactiver depuis le téléphone. Vous gardez la banque, Maps, la musique et vos messageries. Deux contraintes : il faut réinitialiser le téléphone à l'installation, et il fonctionne par abonnement. C'est le même système que celui du Balance Phone, dont nous détaillons le fonctionnement dans le smartphone qui rend le scroll infini techniquement impossible.
Laquelle choisir
- Vous scrollez par réflexe, sans vraiment le vouloir : One Sec ou ScreenZen.
- Vous voulez protéger vos heures de travail ou vos soirées : AppBlock en mode strict.
- Vous craquez surtout à la maison : le Brick, Bloom ou Foqos, avec l'objet dans une autre pièce.
- Vous contournez tout ce que vous installez : Limit sur Android, Balance OS sur Samsung.
Quand une application ne suffit plus
Toutes ces solutions ont la même limite : elles vivent dans l'appareil qui vous distrait. Si vous en êtes à votre troisième bloqueur, la question n'est peut-être plus de brider le smartphone, mais d'en changer. Le Balance Phone est la version la plus aboutie de cette idée : le système de la marche 4, livré prêt à l'emploi sur un téléphone neuf, sans réinitialisation ni réglage à faire. Notre sélection du meilleur dumbphone présente les téléphones qui retirent le problème à la source, et notre article votre attention est foutue (mais plus pour longtemps) explique comment la reconstruire, dix minutes par jour.
Retrouvez toutes les applis que nous avons testées sur notre page applications.


